Les populations d’animaux marins ont diminué « de 49 % entre 1970 et 2012 »

Les populations d’animaux marins, qu’ils soient mammifères, oiseaux, reptiles ou poissons, ont chuté de moitié depuis les années 1970 du fait de la surpêche, de la pollution et du changement climatique, a averti l’organisation de défense de l’environnement WWF dans un rapport rendu public mercredi 16 septembre.

Des dauphins au large des côtes de San Pedro, en Californie, en octobre 2014. Richard Vogel / AP

« L’action de l’homme est à l’origine de ces tendances : de la surpêche et des industries extractives à l’aménagement du littoral et à la pollution, en passant par les émissions de gaz à effet de serre responsables de l’acidification océanique et du réchauffement des mers ».

Dans son rapport, le WWF se base sur son indice « Planète Vivante » des populations marines, qui mesure la tendance suivie par les populations d’animaux marins, « a enregistré une régression de 49 % entre 1970 et 2012 ». Certaines ont même vu leur effectif fondre de près de 75 %, s’alarme le WWF dont l’étude est effectuée sur une base d’observation de 5 829 populations appartenant à 1 234 espèces.

« Nous conduisons collectivement l’océan au bord du précipice »

L’indice global utilisé par le WWF masque toutefois des écarts considérables entre régions : si les effectifs sont en hausse sous les latitudes élevées (par rapport à un niveau lui-même en net retrait), ils déclinent en revanche en milieu tropical et subtropical.

Les experts mettent pourtant en garde : les récifs coralliens et prairies sous-marines pourraient disparaître du globe d’ici 2050 sous l’effet du réchauffement climatique. Or sachant que plus de 25 % de toutes les espèces marines y habitent, la perte des récifs coralliens représenterait une « extinction catastrophique, aux conséquences dramatiques sur les communautés ».

« Nous conduisons collectivement l’océan au bord du précipice », a souligné le directeur général du WWF, Marco Lambertini, dans la préface du document.

« En l’espace d’une seule génération, les activités humaines ont gravement dégradé les océans en capturant les poissons à un rythme supérieur à celui de leur reproduction et en détruisant les nourriceries ».

89 % des stocks de pêche épuisés en Méditerranée

A titre d’exemple, la mer Méditerranée est l’une des plus anciennes zones de pêche du globe et fait vivre les gens depuis des siècles. Mais elle est aujourd’hui largement surexploitée : à peu près 1,5 million de tonnes de poissons y sont prélevées chaque année et 89 % des stocks sont épuisés.

Le rapport du WWF indique aussi que les espèces essentielles à la pêche commerciale et à la pêche de subsistance sont peut-être celles subissant le déclin le plus marqué. En guise d’exemple, le rapport fait état d’un spectaculaire recul de 74 % des effectifs de la famille englobant des poissons aussi prisés que le thon, le maquereau et la bonite.

« Les décisions prises lors de la conférence mondiale pour le climat à Paris dans quelques semaines auront un impact décisif sur l’avenir des océans. Les engagements internationaux existants sont très loin de suffire à éviter des niveaux de réchauffement et d’acidification jugés désastreux pour les systèmes océaniques dont, en fin de compte, nous dépendons tous ».

Mais des solutions existent : sauvegarder et reconstituer le capital naturel marin, consommer plus raisonnablement et donner la priorité au développement durable, selon le WWF.

Source : Le Monde (16.09.15)

Une baleine à bosse retourne un kayak en Californie

ANIMAUX – Admirer des baleines dans leur milieu naturel est devenu l’une des attractions touristiques les plus courues en Amérique du nord. Pour autant, l’exercice n’est pas dénué de risques.

Alors que des kayakistes étaient venus observer un regroupement de baleines à bosse au large de Moss Landing, en Californie, l’une d’elles a sauté à proximité immédiate de l’une des embarcations qui emportait deux personnes. Dans la vidéo impressionnante que vous pouvez voir en haut de l’article, on peut ainsi la voir surgir brusquement des eaux, et faire tomber à l’eau le couple de kayakistes.

Les deux kayakistes étaient en pleine séance d’observation des baleines avec le tour opérateur Sanctuary Cruises, spécialisé dans cette activité.

Source : huffingtonpost.fr (15.09.15)

L’expédition MED, « stop à la pollution au plastique »

Patrimoine économique et environnemental de la planète, les mers et océans sont aujourd’hui confrontés à des risques multiples : surpêche, rejets de substances toxiques, changement climatique… mais aussi pollution par les plastiques, qui constitue aujourd’hui l’un des enjeux majeurs de la préservation des mers et océans. L’Expédition MED, une ONG française, s’est donnée pour slogan : « stop à la pollution au plastique », et est à la pointe des travaux de recherche sur leur présence en mer Méditerranée. Elle faisait escale à Marseille le 10 juillet dernier.

eMag SUEZ environnement

eMag SUEZ environnement

LA POLLUTION PAR LE PLASTIQUE : QUELS IMPACTS ?

« 80 % des déchets retrouvés en mer proviennent de la terre et 80% à 95% de ces déchets sont en plastique » selon l’Expédition MED. Or la pollution par le plastique présente des risques sanitaires et écologiques majeurs. La concentration de microplastique dans les océans est parfois égale à celle du plancton, et le plastique remonte ainsi la chaîne alimentaire depuis le poisson qui l’ingère jusqu’à l’homme. Les macro-déchets représentent également un danger pour de nombreuses espèces marines, et peuvent provoquer des blessures ou étouffements.

La mer Méditerranée constituerait aujourd’hui la « 6e grande zone d’accumulation de déchets marins au monde ». Quantifier, cartographier cette pollution, c’est l’un des objectifs poursuivi par l’Expédition MED, afin de produire des données consolidées sur l’état de ce phénomène.

MESURER LA POLLUTION AU PLASTIQUE EN MER MÉDITERRANÉE : MODE D’EMPLOI

Depuis 2010, l’Expédition MED mène chaque année à bord d’un voilier des campagnes d’échantillonnage le long des côtes méditerranéennes pour déterminer le niveau de la pollution au plastique, et disposer d’une évaluation quantitative et cartographique de cette pollution. Sa campagne 2015 l’amènera principalement le long des côtes françaises et italiennes.

Les prélèvements sont principalement réalisés en mer, via l’utilisation de filets Manta, mais également sur le littoral grâce à des échantillons de sable. Les campagnes d’échantillonnage de l’expédition l’ont ainsi conduite le long des côtes espagnoles, françaises, italiennes, tunisiennes… Les prélèvements sont opérés selon un protocole strict (temps, vitesse, localisation), et sont ensuite observés directement à bord du bateau et sur terre. Ces échantillons permettent ainsi de mesurer le taux de plastique par km2 et par m3 d’eau, le rapport plastique / plancton, la nature des plastiques…

Les collectes visent 3 objectifs : déterminer s’il existe des zones de concentration des débris ; affiner l’estimation globale des microplastiques polluant la surface ; identifier les principales sources de déchets vers la mer.

Le suivi année après année permet d’enrichir la cartographie ainsi réalisée, mais aussi d’identifier des évolutions dans le temps. Les données consolidées sont accessibles à l’Observatoire océanologique de Villefranche-sur-Mer.
L’Expédition tient un carnet de bord régulier qui permet de suivre ses recherches.
Suivez les comptes rendus de l’Expédition sur la page Facebook de l’ONG.

L’EXPÉDITION MED : UN EXEMPLE DE « SCIENCES PARTICIPATIVES »

L’Expédition MED se distingue par l’originalité de son approche, qu’elle qualifie de « sciences participatives ». Des éco-volontaires sont invités à prendre part aux campagnes d’échantillonnage et à assister les scientifiques dans les protocoles de recherche. Il s’agit là de véritables « congés solidaires », et de nouveaux volontaires sont ainsi embarqués à chaque escale de la campagne d’échantillonnage.

Au-delà de cette participation citoyenne, l’Expédition MED réunit également d’autres partenaires (entreprises, collectivités…) pour mettre en place des actions concertées en matière de lutte contre les polluants plastiques. Le projet de recherche « Ecoseastem », initié par SUEZ environnement en partenariat avec la Métropole Nice Côte d’Azur, le laboratoire Océanographique de Villefranche sur Mer et l’Expédition MED est l’une de ces actions. Ce projet vise à étudier la pollution issue des fibres synthétiques des vêtements relâchées dans les eaux usées lors des lavages en machine. Les vêtements rejettent en effet des microfibres plastiques qui se retrouvent dans les stations d’épuration et échappent au système de filtration des stations traditionnelles. Le programme « Ecoseastem » a pour objectif de caractériser la pollution générée par les microfibres plastiques, d’évaluer les impacts de cette pollution sur le milieu naturel et de rechercher les meilleures technologies disponibles pour traiter ce type de pollution comme celle par microfiltration dynamique.

Source : huffingtonpost.fr (24.07.2015)

Et si l’Homme traitait les requins comme la neige?

ANIMAUX – La terrible série d’avalanches meurtrières qui a frappé dernièrement les massifs alpins pose cruellement la question du risque associé à la pratique du ski hors-piste. L’émotion est naturellement vive, mais nous avons appris à reconnaître et à gérer ce risque. La collectivité joue son rôle en annonçant le risque, en sécurisant les pistes balisées et en déconseillant la pratique du hors-piste. Les skieurs qui tentent malgré tout l’aventure, sont le plus souvent équipés de dispositifs facilitant les secours et assument la responsabilité de s’engager hors-piste malgré le risque signalé.

L’Homme face au risque naturel

Il en va tout autrement d’un autre risque naturel: la présence de requins. Les récents accidents mortels sur l’île de La Réunion et en Australie nous y ramènent douloureusement.

Comme les montagnes enneigées, les océans sont aujourd’hui une manne touristique appréciable. Mais tout comme en montagne, le rêve peut dans certains cas tourner au drame, en présence de l’une des très rares espèces de requins susceptibles d’être dangereuses pour l’homme (cinq sur plus de cinq cents existantes).

Mais la comparaison s’arrête souvent là. Car le risque lié aux requins nous est insupportable. L’idée-même d’être dévoré par une bête sauvage surgie de nulle part nous ramène droit à la préhistoire, lorsque la survie de l’espèce humaine passait par une éradication des animaux dangereux. Nos automatismes n’ont pas vraiment changé: face au risque requin, le premier réflexe est de les supprimer.

L’innovation nous ouvre de nouvelles perspectives

L’innovation technique a été relancée par les accidents enregistrés ces dix dernières années. Des répulsifs électromagnétiques individuels ont été développés et les premières déclinaisons en barrières collectives sont aujourd’hui à l’essai. Des initiatives simples peuvent aussi être efficaces, telles que la surveillance du plan d’eau pour détecter la présence de requins, depuis un point haut ou directement dans l’eau par des apnéistes. Des solutions plus lourdes comme des filets d’isolement peuvent également convenir pour de petites zones.

Ces solutions ont été testées dans différents endroits du monde, souvent sur de longues périodes. Combinées avec une pratique responsable des activités nautiques, dans le cadre d’une gestion globale du risque, elles ont dans ces endroits-là considérablement renforcé la sécurité. Des résultats partagés par l’ensemble des experts rassemblés en octobre dernier par l’Institut océanographique lors des « 2èmes rencontres autour des Requins », pour passer en revue les technologies existantes et les meilleures pratiques internationales de gestion du risque. L’objectif est double: améliorer la sécurité des activités nautiques et partager pacifiquement l’océan avec les requins.

Changer de point de vue et accepter de gérer le risque

L’innovation technique n’est rien si elle ne s’inscrit pas dans un changement d’état d’esprit. Il faut pour cela que, collectivement, nous acceptions que des animaux sauvages puissent être dangereux, sans que cela ne constitue leur arrêt de mort.

Les crises récentes ont beaucoup fait progresser la connaissance de ces derniers, permettant d’affiner l’appréciation du niveau de risque, en fonction des saisons, des conditions météo… Des informations précises et transparentes sur l’existence d’un risque peuvent désormais permettre à chaque individu de choisir de pratiquer ou non son activité et de l’adapter aux conditions du moment.

Ultime étape, la collectivité qui entend gérer pleinement le risque doit mettre en place une veille et des mesures proactives pour le réduire et permettre des pratiques nautiques dans des conditions de sécurité acceptables. Le risque zéro ne peut pas être garanti, mais le risque résiduel est alors connu et assumé collectivement et individuellement.

Cette dynamique a pu se mettre en place localement, en Afrique du Sud ou en Australie, même si l’équilibre reste fragile face aux drames. La tentation ressurgit alors de mettre les efforts de cohabitation de côté, au profit d’une solution extrême, prétendument infaillible, l’élimination des grands requins.

Sur l’île de La Réunion, le Préfet venait, le 12 février, de franchir une étape décisive dans la gestion du risque. Tout en prolongeant pour l’année 2015 l’arrêté d’interdiction des activités nautiques sur tout le littoral à l’exception des portions de lagon et des zones sécurisées par les communes, il ouvrait explicitement la porte aux dispositifs de gestion du risque: vigies requins, filets, surveillance. L’accident dont a été victime deux jours plus tard une jeune femme de 22 ans, au bord d’une plage non sécurisée, a replongé l’île dans l’émotion.

Souhaitons que ce décès ne brise pas l’élan constructif de ces derniers mois et vienne au contraire accélérer la mise en place d’une véritable gestion équilibrée du risque.

Dépasser l’instinct de survie

L’espèce humaine a construit sa survie initiale sur l’éradication de ses prédateurs. Sommes-nous aujourd’hui prêts à franchir une nouvelle étape en acceptant de cohabiter avec les rares espèces sauvages restantes qui présentent pour nous un danger, mais qui ont une place primordiale dans les équilibres vivants?

Chaque mort est un mort de trop, chaque drame, chaque accident qu’il soit mortel ou non doit nous pousser à agir pour éviter qu’il ne se reproduise. La sécurité des citoyens est certainement le principal objectif de toute société. Mais dans les choix qui s’offrent à nous, sachons faire preuve d’ingéniosité, pour nous protéger sans nous opposer.

Montrons que, depuis la préhistoire, l’Homme a non seulement gagné en puissance, mais aussi en intelligence et en tolérance.

Source : LE HUFFINGTON POST (25.02.15)
Auteur :
Directeur général de l’Institut océanographique- Fondation Albert 1er, Prince de Monaco