Les perceptions insoupçonnées du dauphin

Dauphin Tursiops truncatus. Illustration Wkimedia Commons

Dauphin Tursiops truncatus. Illustration Wkimedia Commons

Des compétences sensorielles insoupçonnées chez le dauphin : la perception magnétique

L’existence d’une perception magnétique permet d’expliquer des phénomènes de migration et de navigation chez une variété d’espèces animales, comme les oiseaux mais aussi certaines espèces de mammifères. Le mystère restait jusqu’ici entier pour les mammifères marins. Les travaux réalisés sur des dauphins captifs par l’équipe du laboratoire d’Ethologie animale et humaine, en collaboration avec le parc animalier de Planète Sauvage, et publiés dans Naturwissenschaften, démontrent pour la première fois une sensibilité à un champ magnétique fort de ces animaux qui sont capables de discriminer deux objets sur la seule base de leurs propriétés magnétiques. Bien que les processus en jeu soient encore inconnus, cette découverte ouvre un nouveau champ d’investigation et une nouvelle fenêtre sur le monde sensoriel des dauphins.

L’existence d’une perception magnétique est surtout connue par les travaux réalisés sur les migrations de diverses espèces animales qui ne pouvaient pas s’expliquer sur la base de modalités sensorielles « classiques ». Ainsi, différents taxa se servent du champ géomagnétique pour s’orienter pendant la navigation ou la migration, ceci leur permettant de poursuivre leurs trajets en l’absence de repères visuels en particulier (ex. « nuit noire »). D’autres mammifères, comme certains rongeurs, construisent leurs nids en lien avec ce champ. Plusieurs faits suggèrent une sensibilité des mammifères marins à l’information géomagnétique: les routes de migration de certaines baleines suivent des voies de faible intensité géomagnétique ; l’échouage inexpliqué de cétacés sur des côtes pourrait s’expliquer par leur occurrence dans des sites où le champ géomagnétique croise la dite côte. Jusqu’ici cependant, et contrairement à d’autres taxa, il n’y avait aucune preuve expérimentale d’une sensibilité à un champ magnétique chez les cétacés. Les quelques expériences de conditionnement réalisées jusqu’ici pour tenter de démontrer une capacité de discrimination de champs magnétiques par le dauphin avaient échoué.

Dans l’étude menée par l’équipe EthoS, six dauphins adultes captifs ont été confrontés à des objets (bidons plastiques opaques) qui présentaient des champs magnétiques différents, l’un des deux étant démagnétisé, l’autre pourvu d’un aimant puissant (neodymium à 1.2T). L’équipe a profité de la tendance naturelle des dauphins à explorer de nouveaux objets pour étudier leur intérêt spontané pour ces objets. Les bidons étaient placés dans l’eau à 50 cm de profondeur et perforés de façon à ce que l’aimant soit en contact avec l’eau du bassin. Les deux objets étaient totalement identiques par ailleurs (taille et densité). Le comportement des dauphins a été filmé pendant les sessions expérimentales (60 sessions de 15 minutes) où l’un des deux bidons au hasard était présenté. L’analyse des données a été réalisée par un observateur non informé sur les caractéristiques magnétiques de l’objet. Les résultats confirment l’intérêt spontané des dauphins pour de tels objets mais surtout révèlent qu’ils s’approchent plus vite quand le bidon présenté inclut l’aimant. Ceci montre qu’ils discriminent bien ces deux objets qui ne diffèrent que par leurs propriétés magnétiques.

Il s’agit donc d’une première preuve expérimentale d’une discrimination magnétique chez le dauphin qui ouvre un nouveau champ d’investigation. Le succès de cette expérience, par rapport aux essais réalisés précédemment dans d’autres études, pourrait être lié aux conditions d’expérimentation (contexte habituel et spontané) mais surtout à la puissance de l’aimant utilisé. Il reste à prouver que les dauphins pourraient discriminer des champs comme le champ géomagnétique (4.5µT) et à déterminer les seuils de détection. Les processus en jeu sont mal connus mais de la magnétite (particules ferromagnétiques) a été trouvée dans la dure mère de dauphins. Il s’agit d’une piste possible, de telles particules s’alignant sur le champ magnétique ambiant. Il est à noter que les proches voisins artiodactyles des dauphins, tel que le cerf, sont aussi sensibles au champ magnétique.

Cette étude constitue un nouveau pas dans l’exploration du monde sensoriel des animaux, et particulièrement des mammifères marins. Elle soulève aussi à nouveau le questionnement autour de ce champ perceptuel mal connu qu’est la sensibilité magnétique.

Source : techno-science.net (07.11.14)

Un dauphin blessé demande de l’aide aux plongeurs !

Voici les images d’un sauvetage hors du commun ! Lors d’une plongée de nuit à Hawaï, un dauphin, enchevêtré dans une ligne de pêche, s’est présenté à un homme. Il avait besoin d’aide, l’a fait comprendre au plongeur et s’est laissé faire. La scène en vidéo.

Vendredi 18 janvier, des plongeurs effectuaient une expédition de nuit, au large de Kona, à Hawaï. À l’aide de leur lampe torche, ils profitaient du ballet des raies mantas (Manta birostris) qui se délectaient de plancton. Si le moment était déjà plutôt extraordinaire, tous se souviendront de cette plongée, mais pour d’autres raisons. Ces personnes ont été témoins d’un incroyable échange entre le dauphin et l’Homme.

Un dauphin vient demander de l’aide à Keller Laros, moniteur de plongée à Hawaï. Il s’est coincé la nageoire pectorale gauche avec une ligne de pêche et nageait avec difficulté. © Keller Laros, Mantarayshawaii

Attiré par la lumière, un grand dauphin (Tursiops) s’est approché d’un plongeur. Le comportement de l’animal était clair : il avait besoin d’aide. La pauvre créature s’était empêtrée dans une ligne de pêche. Celle-ci, coincée entre la nageoire pectorale gauche et le bec, l’empêchait de nager correctement. Si plusieurs événements d’échanges entre l’Homme et le dauphin ont déjà été reportés, celui-ci est particulièrement épatant. En effet, c’est l’animal qui s’est approché du plongeur et qui lui a clairement demandé assistance.

Dans un geste inattendu, le dauphin s’est présenté au plongeur, Keller Laros. Il s’est positionné de manière à ce que le plongeur puisse couper la ligne de pêche. Le dauphin a patiemment attendu que la ligne soit coupée, en roulant sur le dos pour ajuster sa position et ainsi faciliter la tâche au plongeur. L’animal est même remonté en surface un court instant pour une bouffée d’air, puis est revenu auprès de Keller Laros pour être enfin libéré totalement. Encore un témoignage de l’intelligence de ce mammifère marin et de sa capacité d’échange avec l’Homme. « Une expérience à couper le souffle », d’après Keller Laros.

Source : Delphine Bossy, Futura-Sciences (25.01.13)